Lettre publiée dans La Presse, 2 février 2026
La Fédération du Québec pour le planning des naissances invite les partis à se concentrer sur les « vrais enjeux féministes », plutôt que sur la question du sexe biologique.
Lors de son congrès d’orientation qui a eu lieu du 23 au 25 janvier 2026, le Parti québécois (PQ) a voté pour « Mettre sur pied une commission parlementaire portant sur les contenus des programmes et outils d’éducation à la sexualité ». En tant que coordonnatrice de la Coalition ÉduSex depuis 2018, la FQPN souhaite avertir des dangers de la politisation des programmes scolaires, notamment à travers la justification douteuse de la « biologie ».
Le programme d’éducation à la sexualité faisant partie du nouveau cours de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) a été développé et évalué par des experts et expertes, et inclut déjà du contenu sur « l’égalité des sexes et la sensibilisation aux stéréotypes sexuels ». Ainsi, ce programme est conçu en fonction du développement de l’enfant et des différents groupes d’âge.
Il serait irresponsable de gaspiller des ressources publiques pour réévaluer ce programme en commission parlementaire alors que le personnel enseignant le porte déjà à bout de temps, de bras et de ressources.
Les femmes sont encore aujourd’hui opprimées au sein même du peuple québécois. Cette oppression repose sur le système patriarcal et est maintenue à travers les stéréotypes de genres. L’éducation à la sexualité est donc essentielle pour atteindre l’égalité des genres et ne doit pas être retravaillée par chaque nouveau gouvernement selon leurs orientations politiques propres.
Influence américaine
La concentration sur le sexe biologique est importée directement des mouvements américains anti-LGBTQ+, où le populisme transphobe est déployé pour distraire la population du manque d’initiatives pour s’attaquer aux vrais enjeux d’inégalités. Les partis politiques du Québec se doivent de résister aux influences du régime américain. Il ne faut pas non plus répéter les erreurs du gouvernement Legault, qui a réagi à la présence de toilettes non genrées en formant un « Comité des sages » sans personnes concernées et en produisant un rapport vide de toute crédibilité.
Le langage employé dans les propositions adoptées par le PQ contribue à légitimer la méfiance et la violence envers les femmes trans qui, selon l’Institut de la statistique du Québec, représentent seulement 0,18 % de la population québécoise.
Si les partis politiques souhaitent se montrer solidaires aux combats féministes, ils doivent comprendre que le féminisme s’inscrit dans une convergence des luttes contre les inégalités entre les femmes elles-mêmes, qu’elles soient pauvres, portant le voile, trans, en situation de handicap, racisées, immigrantes, ou pas. La FQPN invite les représentants et représentantes du Parti québécois, et de tous les partis politiques, à se concentrer sur de vrais enjeux féministes, soit la violence genrée, les féminicides, le coût de la vie, les places en garderie, la crise du logement, la contraception gratuite, au lieu de mettre de l’énergie à vouloir contrôler qui va dans quelle toilette.
